

Ici, dans notre belle Suisse romande, nous cultivons souvent une certaine pudeur face à nos blessures intérieures. Pourtant, le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) est une réalité qui touche beaucoup plus de monde qu’on ne l’imagine, avec une prévalence singulière chez les femmes.
Le TSPT n’est pas une fatalité, ni un signe de faiblesse. C’est une réponse biologique et psychologique « normale » à une situation profondément anormale.
Pour comprendre ce qui se joue en nous, je vous propose un voyage au cœur de nos mécanismes de survie, là où les neurosciences rencontrent notre vécu émotionnel.
Le traumatisme est souvent décrit par ceux qui le vivent comme une fracture : il y a un « avant » et un « après ». Étymologiquement, le mot « trauma » signifie « blessure » en grec. Si le trauma désigne l’événement extérieur (l’accident, l’agression, la perte brutale), le traumatisme, lui, est l’impact psychologique durable, la manière dont cet événement est digéré ou non, par notre cerveau.
Le TSPT survient après une exposition, directe ou indirecte, à un événement menaçant l’intégrité physique ou psychique. Ce qui est fascinant, et parfois cruel, c’est que le temps ne semble pas avoir d’emprise sur lui.
Sans prise en charge, un souvenir traumatique reste intact, gardant le même niveau de détail et la même charge émotionnelle, même des années plus tard.
Pour comprendre le TSPT, il faut regarder ce qui se passe sous notre boîte crânienne. Notre cerveau possède un système inné de traitement de l’information, appelé TAI (Traitement Adaptatif de l’Information), qui nous permet de « digérer » nos expériences quotidiennes. Habituellement, une expérience difficile est traitée par le cortex préfrontal, reliée à nos souvenirs existants, et devient un simple « mauvais souvenir » dont on a tiré un apprentissage.
Mais lors d’un traumatisme intense, ce système est débordé. Le cerveau fait « disjoncter » la connexion entre le circuit limbique (le siège des émotions) et le cortex (le siège de la raison). C’est un mécanisme de sauvegarde exceptionnel pour nous protéger d’une surcharge émotionnelle insupportable.
En conséquence, l’information traumatique ne peut pas être intégrée. Elle reste stockée de manière fragmentée, sous forme d’images, de sons, d’odeurs et de sensations corporelles brutes dans des réseaux neuronaux isolés.
C’est ce que nous appelons une mémoire dysfonctionnelle ou une « capsule de temps » : le souvenir est comme gelé, incapable de se relier aux informations positives de notre vie actuelle.
Comment savoir si l’on souffre de ce trouble ? Le diagnostic repose généralement sur une « triade » de symptômes qui persistent plus d’un mois après l’événement :
Un autre phénomène central dans le TSPT est la dissociation. C’est un processus mental de déconnexion où l’on se sent séparé de ses pensées, de son corps ou de son environnement. Pendant le choc, c’est une réaction adaptative : le cerveau active un « disjoncteur » pour éviter de mourir de peur.
Cependant, cette dissociation peut devenir chronique. Certaines personnes décrivent l’impression d’être spectatrices de leur propre vie, ou de voir le monde comme à travers un voile irréel. Ce mécanisme, bien que protecteur à l’origine, empêche la résolution naturelle du traumatisme car il bloque l’accès aux émotions nécessaires au traitement de l’information.
Vivre avec un TSPT, c’est souvent avoir une fenêtre de tolérance très étroite. La fenêtre de tolérance est la zone dans laquelle nous pouvons gérer nos émotions de manière calme et efficace.
Le moindre rappel du trauma (un déclencheur) peut nous faire basculer hors de cette zone de confort. Pour une femme en Suisse romande, cela peut être l’odeur d’un parfum dans le bus, une voix masculine un peu forte, ou une situation de stress au travail qui réactive une ancienne mémoire de harcèlement.
Toutes les épreuves ne se ressemblent pas. On distingue souvent :
Les traumatismes intentionnels (causés par l’homme) sont souvent plus destructeurs psychiquement car ils brisent le sentiment de confiance envers autrui et induisent un sentiment d’impuissance extrême.
Le TSPT n’est pas qu’une affaire de « tête ». Il impacte tout l’organisme. La fatigue persistante, les maux de tête, les douleurs chroniques résistantes aux traitements classiques sont souvent des signaux d’alarme.
Le corps, en maintenant une production toxique d’adrénaline et de cortisol pour la survie, finit par s’épuiser. On observe fréquemment des troubles gastro-intestinaux, des problèmes cardiovasculaires ou dermatologiques chez les personnes souffrant de TSPT non traité.
La bonne nouvelle est que le cerveau possède une plasticité incroyable. Des méthodes comme l’EMDR et l’EMDR-DSA utilisent la Stimulation Bilatérale Alternée (SBA) par des mouvements oculaires ou des tapotements pour relancer le système de traitement de l’information.
En créant une double focalisation (être ici en sécurité dans le présent et là-bas dans le souvenir), on permet au cerveau de « digérer » enfin l’expérience. Les émotions s’apaisent, les croyances négatives (« je suis en danger », « c’est ma faute ») se transforment en pensées plus adaptées (« c’est fini », « j’ai survécu »). Le traumatisme devient alors une simple expérience du passé, qui enrichit notre base de connaissance sans plus nous submerger.
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, sachez que le chemin de la guérison commence souvent par la compréhension de ce qui nous arrive.
Le TSPT est comme une bibliothèque où les livres auraient été jetés en vrac sur le sol après un séisme : l’objectif de l’accompagnement est de vous aider à ramasser ces livres, à les lire sereinement et à les ranger enfin sur leurs étagères pour qu’ils ne bloquent plus le passage.
Vous avez en vous des ressources insoupçonnées. Le traumatisme est né dans le passé, mais votre vie se construit au présent.
Imaginez que votre cerveau est une cuisine moderne. Habituellement, chaque aliment (expérience) est cuisiné, savouré et les restes sont mis au compost (intégration). Le traumatisme, c’est comme un aliment trop gros ou trop dur qui reste coincé dans le broyeur de l’évier.
Tout le système s’arrête, l’eau déborde et une mauvaise odeur envahit la pièce. La thérapie par SBA agit comme un technicien qui vient délicatement débloquer le mécanisme, permettant à la cuisine de fonctionner à nouveau normalement.
Cet article a une visée informative et pédagogique. Il ne remplace pas un diagnostic ou un suivi médical réalisé par un professionnel de santé.
Praticienne en PNL et formée à l’approche EMDR-DSA
Installée en Suisse romande, Delphine Malapert est praticienne en PNL et formée à l’approche EMDR-DSA, qu’elle mobilise dans son accompagnement de la régulation émotionnelle et du mieux-être. Elle poursuit actuellement une formation en hypnothérapie, dans une démarche d’enrichissement continu de ses compétences.
Intéressée par les neurosciences, la psychotraumatologie et les approches psycho-corporelles, Delphine se consacre à la vulgarisation scientifique. Elle rédige des contenus pédagogiques autour de l’EMDR, de la stimulation bilatérale alternée (SBA) et des outils de gestion du stress, avec l’objectif de rendre ces notions accessibles au plus grand nombre.
Si vous souhaitez en savoir plus sur mon accompagnement ou me poser une question, vous pouvez me contacter directement.
Prendre contactVous pouvez demander à être rappelé(e) pour un premier contact.
Demander un rappelCe site utilise des cookies pour vous offrir la meilleure expérience possible. Certains sont essentiels, d'autres nous aident à améliorer ce site. Acceptez-vous l'utilisation des cookies ?