Le monde de la psychothérapie et de l’accompagnement au mieux-être a connu une révolution silencieuse depuis la fin des années 1980 avec l’apparition de méthodes sollicitant directement le système nerveux.
Parmi elles, l’EMDR-DSA s’impose aujourd’hui comme un outil utilisé pour accompagner certaines personnes dans la régulation de l’empreinte émotionnelle de leur passé. Mais que signifie réellement cet acronyme et comment une simple stimulation sensorielle peut-elle apaiser des souffrances parfois anciennes ?
Définition et racines de l’EMDR-DSA
L’EMDR-DSA signifie Désensibilisation par Stimulations Alternées. Pour bien comprendre cette approche, il faut remonter à sa source : l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), créée en 1987 par la psychologue américaine Francine Shapiro. En marchant dans un parc, elle remarqua que des mouvements oculaires rapides diminuaient l’intensité de ses propres pensées perturbantes.
L’EMDR-DSA repose sur le même socle méthodologique que l’EMDR classique : un protocole rigoureux en huit phases conçu pour traiter les souvenirs traumatiques bloqués. Toutefois, l’appellation « DSA » met l’accent sur une approche utilisationnelle et flexible.

Là où l’EMDR originel se concentrait majoritairement sur le regard, le « DSA » souligne que le cerveau peut être stimulé par d’autres canaux, comme l’ouïe ou le toucher (le tapping), offrant ainsi une adaptabilité précieuse selon les besoins et les sensibilités de chaque personne.
Le cœur du mécanisme : le Traitement Adaptatif de l’Information (TAI)
Le fondement théorique de cette pratique est le modèle du Traitement Adaptatif de l’Information (TAI). Ce modèle postule que le cerveau humain possède une capacité innée et naturelle à « digérer » les expériences de vie, même les plus difficiles. En temps normal, une information perturbante traverse nos réseaux mémoriels pour être intégrée et prendre du sens.
Cependant, lorsqu’un événement est trop intense ou qu’une personne manque de ressources au moment des faits, ce mécanisme de digestion peut se « bloquer ». Le souvenir ne devient pas une archive neutre du passé ; il reste stocké sous sa forme brute, avec les images, les sons, les émotions et les sensations physiques d’origine.
On parle alors d’une mémoire dysfonctionnelle. Des années plus tard, une situation anodine du présent peut réactiver cette « capsule temporelle » et déclencher une réaction émotionnelle disproportionnée, car pour le cerveau émotionnel, l’événement est toujours en train de se produire.
Comment fonctionnent les Stimulations Bilatérales Alternées (SBA) ?
Le levier principal de l’EMDR-DSA est la SBA, ou stimulation bilatérale alternée. Concrètement, le praticien invite le client à se focaliser sur son ressenti interne tout en suivant un stimulus externe qui alterne de gauche à droite.
Les trois types de stimulations
- Visuelles : Suivre du regard les doigts du praticien ou un faisceau lumineux.
- Auditives : Écouter des sons alternés via un casque.
- Kinesthésiques (Tapping) : Recevoir ou pratiquer soi-même des tapotements légers sur les genoux ou les épaules.
L’effet sur le cerveau
Ces stimulations favoriseraient une double focalisation. La personne garde un pied dans la sécurité du présent (le cabinet) tout en allant revisiter prudemment le passé.
Sur le plan neurologique, l’EMDR-DSA semble activer le système nerveux parasympathique, responsable de la relaxation, ce qui permet au cerveau de reprendre le travail de digestion là où il s’était arrêté.
Les deux hémisphères cérébraux communiquent mieux, permettant de relier l’émotion (souvent logée à droite) à la pensée rationnelle et au langage (à gauche).
Une séance type : le parcours en huit étapes
Contrairement à une simple discussion, une séance d’EMDR-DSA suit un cadre structuré pour garantir la sécurité et l’efficacité du travail.
- Recueil d’informations et anamnèse : Nous explorons l’histoire du client pour identifier les souvenirs cibles (passé), les déclencheurs (présent) et les appréhensions (futur).
- Préparation : C’est une phase cruciale où nous installons des outils de stabilisation. Le client apprend à créer un « Lieu sûr » imaginaire pour pouvoir s’y ressourcer en cas de besoin.
- Évaluation : Nous ciblons précisément un événement et évaluons sa charge émotionnelle actuelle (échelle SUD de 0 à 10) ainsi que la croyance négative qui y est associée (ex: « Je suis en danger »).
- Désensibilisation : Les SBA commencent. Le cerveau fait ses propres associations d’idées, de sensations et d’images jusqu’à ce que la détresse disparaisse.
- Installation : Une fois le souvenir apaisé, nous renforçons une pensée positive et aidante (ex: « Je suis en sécurité maintenant »).
- Scanner corporel : Nous vérifions qu’aucune tension physique résiduelle ne subsiste dans le corps.
- Clôture : La séance est refermée de manière à ce que le client reparte stabilisé.
- Réévaluation : Au début de la séance suivante, nous vérifions que les bénéfices sont maintenus dans le temps.
L’apport spécifique de la PNL et de l’approche « Utilisationnelle »
En tant que praticienne formée à la PNL (Programmation Neuro-Linguistique), l’intégration de l’EMDR-DSA prend une dimension particulière. La PNL nous apprend que nous codons notre réalité à travers nos cinq sens (le modèle VAKOG).
L’approche « DSA » est dite utilisationnelle car elle s’adapte à ce que le client amène spontanément. Si une personne n’a pas de souvenir précis mais ressent une oppression dans la poitrine sans explication, nous utilisons cette sensation comme une « clé d’entrée ».
👉 Lire aussi : EMDR-DSA vs PNL : quelles différences ?
Pour quels besoins consulter ?
L’EMDR-DSA n’est pas réservée uniquement aux grands traumatismes de type « T » (accidents graves, agressions, catastrophes).
Elle peut être utilisée pour accompagner les « petits traumas » de type « t », ces blessures de la vie qui s’accumulent :
- Harcèlement ou critiques répétées.
- Ruptures amoureuses ou deuils difficiles.
- Phobies et troubles anxieux.
- Manque d’estime de soi et croyances limitantes (« Je ne suis pas à la hauteur »).
- Douleurs chroniques sans cause organique apparente.
Précautions et limites
Bien que puissante, cette approche nécessite une fenêtre de tolérance. Le praticien veille à ce que le client ne soit ni trop « activé » (panique), ni trop « désactivé » (sidération, coupure des émotions).
Il existe des contre-indications médicales importantes, comme certains troubles oculaires graves pour les stimulations visuelles, ou des pathologies cardiaques non stabilisées. De même, pour les troubles psychiatriques lourds (psychoses), l’EMDR-DSA doit être pratiquée par des spécialistes dans un cadre clinique très spécifique.
FAQ (Foire Aux Questions) sur l’EMDR-DSA
Absolument pas. Le but n’est pas d’oublier ce qui s’est passé, mais de modifier la charge émotionnelle associée au souvenir.
Vous vous rappellerez de l’événement, mais il ne déclenchera plus de souffrance, de panique ou de stress intense dans votre corps. Il devient un simple fait de votre histoire passée.
Cela dépend de la complexité de votre demande. Pour un événement unique et précis, trois à quelques séances peuvent parfois suffire.
Pour des problématiques ancrées depuis l’enfance ou des traumatismes multiples, un accompagnement sur plusieurs mois peut être nécessaire afin de stabiliser les ressources avant de retraiter les souvenirs.
Il est fortement déconseillé de pratiquer le retraitement de souvenirs douloureux seul. Le rôle du praticien est d’être le garant de votre sécurité et de vous maintenir dans votre « fenêtre de tolérance ».
En revanche, vous pouvez pratiquer en toute autonomie les outils de stabilisation appris en séance, comme la cohérence cardiaque ou l’ancrage du « Lieu sûr », pour gérer votre stress au quotidien.
Conclusion : Une voie vers la résilience
L’EMDR-DSA est bien plus qu’une technique de mouvements oculaires ; c’est une philosophie de l’accompagnement qui mise sur les ressources internes de chaque individu.
Elle peut contribuer à transformer un passé envahissant en une expérience mémorielle paisible, redonnant ainsi de la fluidité au présent et de la clarté au futur.
Source :
- https://ahtma-formation.fr
Note de transparence :
L’EMDR-DSA s’inspire de certains principes de l’EMDR, mais ne constitue pas une psychothérapie EMDR au sens clinique ou réglementaire.
Elle se distingue de l’EMDR thérapeutique sur plusieurs aspects, notamment le cadre, les objectifs et les indications. Ces différences sont détaillées dans l’article suivant :
👉 Lire aussi : EMDR vs EMDR-DSA : quelles différences ?
Enfin, l’EMDR-DSA ne se substitue en aucun cas à un accompagnement réalisé par un psychiatre ou un psychothérapeute agréé lorsque celui-ci est nécessaire.
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